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 La Frangouiche de Mme Tremblay

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gaulois
Gueule bavarde


Nombre de messages : 472
Localisation : Vancouver
Date d'inscription : 12/04/2006

MessageSujet: La Frangouiche de Mme Tremblay   Ven 25 Mai - 15:00

Peut-on souffrir d’une terrible maladie qui sévit dans tout son entourage sans que cette maladie y soit même reconnue? Et pire encore, peut-on la transmettre à nos jeunes sans que personne ne s’en aperçoive? Hélas oui, pour Mme Tremblay(*) qui enseignait jusqu’à récemment dans une école francophone d’un grand centre urbain de l’Ouest canadien. Mme Tremblay a su cependant triompher de cette maladie!


L’ardeur pour une belle oeuvre

Jadis venue du Québec dans sa petite voiture compacte avec le minimum absolu, elle croyait bien l’avoir quitté. L’œuvre était noble, i.e. aider les francophones hors-Québec à reprendre confiance dans leur culture et leur langue hautement menacée en milieu minoritaire. La ferveur l’animait au même titre que ces lettres de créance en matière de pédagogie et d’enseignement du français. Son amour pour la langue et la culture n’en était pas moindre.

Bien sûr, Mme Tremblay traînait sa part de bagage émotionnel sinon politique. Comme tant de québécois qui l’ont précédé ou suivi, elle croyait durant ses années de jeunesse intensément au projet souverainiste avant de perdre ses illusions éventuellement. Le rêve aurait tout aussi bien pu être fédéraliste avec les mêmes désappointements pour les mêmes raisons, i.e. des individus qui sabordent les belles causes pour leur bénéfice personnel. D’autres québécois étaient demeurés complètement désengagés de ce grand enjeu sociétal mais tous portaient un lourd fardeau sans nécessairement le réaliser. Un peu à l’image de cette terrible maladie qui allait tous les habiter.

Mme Tremblay avait par ailleurs visité durant sa tendre période le Canada “anglais” et y avait même vécu une première aventure amoureuse. Une de ses tantes avait été bonne Sœur en missions étrangères et Mme Tremblay croyait en quelque sorte reprendre le bâton de “missionnaire”, mais plus près de chez soi pour un travail qui aurait dû vraisemblablement être plus facile et ne pas nécessiter la ferveur religieuse de sa tante durant les moments difficiles. Et comment donc une belle cause tel sauver la francophonie hors-Québec pourrait possiblement l’amener à perdre ses illusions une autre fois?


Surprise durant la lune-de-miel

La première surprise de Mme Tremblay fut celle de se retrouver dans son travail parmi une multitude d’anciens Québécois à enseigner les enfants de Québécois. Pas vraiment de francophones natifs du hors-Québec mais plutôt des Québécois pure-laine, des nouveaux arrivants français ou d’ailleurs dans la grande francophonie internationale un peu à l’image du Montréal métropolitain qu’elle connaissait bien. Mme Tremblay s’étonna d’observer des rivalités similaires entre groupe “pure-laine” et autres! Franchement asphyxiant, la vie multiculturelle a-linguistique d’un grand centre urbain offrait de grandes possibilités hors des heures de travail. Améliorer son anglais comporte aussi de grands avantages en situation minoritaire, spécialement auprès d’un partenaire exogame qui semblait bien la comprendre. Croyant parfois errée dans sa mission, notre enseignante se consolait en réclamant avec grande fierté les services gouvernementaux en français, cela quelques fois par années.


Restless natives

Puisqu’elle s’était d’abord concentrée durant une période initiale sur l’essentiel du logis, travail et partenaire, Mme Tremblay n’avait pas vraiment fait de cas de ses étudiants qui s’exprimaient couramment en anglais lorsqu’ils en avaient la chance tel que dans la cours de récréation, la cafétéria ou encore durant les activités para-scolaires. Il y avait après tout des experts pour l’assister avec le PAL (ou Plan d’Aménagement Linguistique), un nom un peu suspect, trouvait-elle. Il y avait aussi le plan quinquennal de pédagogie. Elle n’aurait qu’à remettre des “petits billets bleus” aux élèves qui tout simplement oubliaient les règles. Un peu comme celle de ne pas mâcher de gomme ou de laisser son sans-fil (à caméra) à la maison. L’attention devait plutôt être portée sur la fierté francophone et le “raffermissement de l’identitaire en développement”, selon les experts. Sa tante oeuvrant en missions étrangères avait bien dû similairement devoir corriger les égarements de ceux qu’elle était venue aider dans le développement de leur spiritualité chrétienne, les plus jeunes en particulier. Les parents similairement n’offraient pas nécessairement le meilleur appui à la maison. Une tâche de haute vocation pour la tante et sa nièce, quoi!

Mme Tremblay se mit éventuellement à souffrir d’anxiété dans ses rapports entre les deux langues, ce qui est maintenant reconnu comme de la “frangouiche”. Tirant son étymologie de anguish ou anxiété en anglais, de franglais ou un mélange étrange des deux langues, le mot “frangouiche” évoque le personnage de La Sagouine qui elle aussi se sentait souvent déchirée entre l’anglais et le français. Ou à moins que ça ne soit Sol Le Cloune/Le Clown célèbre pour s’amuser avec des mots des sujets les plus préoccupants.

Le moment de frangouiche le plus notable pour Mme Tremblay était celui de la remise des “petits billets bleus” aux élèves de plus en plus délinquants à mesure qu’ils vieillissaient et qu’on “raffermissait leur identitaire” utilisant des moyens “positifs”. Les élèves les plus âgés semblaient montrer le pire exemple en dépit de ses meilleurs efforts et elle sentait souvent la faillite dans son dur labeur. Mme Tremblay se posait aussi de sérieuses questions sur les experts qui semblaient mal comprendre le problème. L’exemple donné par ces experts inquiétait particulièrement lorsqu’on regardait dans leur entourage immédiat. Cordonnier bien mal chaussé qu’elle se disait bien.


Une frangouiche grandissante

Non seulement, Mme Tremblay souffrait de cette frangouiche au travail mais avait remarqué dans ses rencontres d’amis anglo/franco les difficultés accrues de protocole de rencontre entre les langues. Au début elle était ravie de pratiquer l’anglais mais trouvait maintenant particulièrement pénible de toujours avoir à s’exprimer en anglais si le groupe comptait une seule personne unilingue ou peu à l’aise au français. Elle s’était surprise à plusieurs occasions à parler en anglais à d’autres francophones, un peu comme ses étudiants récalcitrants à qui elle essayait pourtant de mieux enseigner. Elle se commémorait par ailleurs ses expériences de francophone vivant en majorité dans une communauté linguistique beaucoup plus dynamique. Tout s’ajoutait à cette frangouiche et elle avait vu plusieurs anciens camarades de travail qu’elle chérissait bien s’en retourner vivre en situation majoritaire. Elle avait aussi observé dans son entourage franco une multitude de “burn-out” et d’accoutumances nocives se développer à des médicaments anti-dépresseurs.


Gérer la frangouiche

Mlle Gladu, une bonne amie collègue de travail, était originaire de l’Ontario et avait appris à un plus jeune âge à mieux gérer cette “frangouiche” sans toutefois nécessairement mieux la reconnaître. Mlle Gladu était d’ailleurs parfaitement bilingue de jeunesse. Sa mère était anglophone/francophile et son père francophone. Mlle Gladu bien confiante en soi suivait peu le guide du PAL et réussissait à motiver ses étudiants au français en parlant parfois … anglais en catimini. Elle avait ainsi développé une saine complicité avec ses écoliers bien reconnaissants. Mlle Gladu semblait de toute évidence mieux comprendre l’environnement dans lequel ces jeunes vivaient.

Grâce à l’aide de Mlle Gladu, Mme Tremblay fut la toute première enseignante en provenance du Québec à officiellement brûler un PAL sur la place publique et à donner des petits billets “mauves” aux experts sur lesquels elle s’était fiée jusque là plutôt que des gens qui ont l’expérience pratico-pratique à jour en terrain. Elle a choisi la couleur mauve d’après celle des colères les plus sévères du Capitaine Bonhomme, un matelot jadis célèbre au Québec pour ses aventures incroyables dans des terres lointaines.

Mme Tremblay n’enseigne plus mais a repris plaisir à s’exprimer en français dans son entourage franco/anglo. Reconnue comme leader communautaire, elle est devenue consultante et tient maintenant des ateliers de réentraînement pour les gestionnaires et planificateurs originaires du Québec actifs en milieu minoritaire. La rumeur court qu'elle aurait repris contact avec ses anciens étudiants sur Facebook pour s'excuser de ses erreurs. Mlle Gladu n'a jamais perdu contact.


(*) N’ayant jamais oeuvré dans le milieu éducationnel, le nom choisi est strictement fictif et toute ressemblance à la réalité n’est que le résultat de l’imagination fertile de l’auteur de “La frangouiche de Mme Tremblay”
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gaulois
Gueule bavarde


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MessageSujet: Re: La Frangouiche de Mme Tremblay   Jeu 7 Juin - 12:04

Question de ne pas être sexiste, la suite (après plusieurs plaintes):

La Frangouiche de Monsieur Tremblay

Gérald X. Tremblay(*) représente le deuxième cas de “frangouiche” documenté dans les annales du Groupe de Recherche des Identités Francophones et Francophiles Oubliées en Milieu Minoritaire (GRIFFOMM). Sans toutefois aucun lien de parenté connu avec l’ancienne enseignante Mme Tremblay (Colette A. de son prénom), les deux anciens québécois établis dans l’Ouest canadien ont tous deux soufferts et triomphés de cette maladie de l’anxiété reliée à des difficultés de rapports linguistiques dans l’environnement ambiant. Le cas de monsieur Tremblay est particulièrement notable puisqu’il était une célébrité de la radio ainsi que de la télévision à la boîte du diffuseur public: le progrès de sa maladie et de sa rémission a pu être soigneusement enregistré au fil des années.


Un départ fulgurant
Gérald X. Tremblay était jadis reconnu pour son caractère affable dans la petite ville de Jonquière du Saguenay 99.999% francophone. D’une humeur hors-pair, absolument rien ne pouvait lui mettre le piton à terre. Il connaissait et adorait tous les gens de la place et désirait ardemment leur transmettre sa jovialité. Il était bien sûr l’animateur éclaté à la radio-étudiante de son collège entre les tiounes. De fil en micro, il entreprit sa formation professionnelle en radio/télévision, assuma des postes intérims de toutes sortes dans des radios privées de la place pour éventuellement se ramasser dans la grande métropole de Montréal chez le diffuseur public. Le reproche de contenus trop montréalais en provenance de Montréal dans le reste du Québec lui avait valu un contrat pour démontrer de la diversité dans les émissions venant de Montréal.

Le choc du passage à la grande métropole fut bien absorbé à en juger par la réception de son auditoire puisque aussitôt arrivé, on lui reprochait un ton beaucoup trop montréalais. Gérald aimait en effet plaire et pouvait refléter rapidement ceux qu’il côtoyait dans son entourage immédiat. L’habilité d’un ton maintenant montréalais (venant d’une région) lui valut une promotion rapide dans l’Ouest canadien où sa bonne jovialité pourrait aller égayer le personnel de la place abattu sous des coupures constantes, des contractuels insécures dans la ville la plus dispendieuse au pays, des problèmes d’administration avec le bureau-chef et les difficultés à rejoindre un auditoire aussi éclaté qu’éparpillé et chiâleur.

Gérald Tremblay vivait ni plus ni moins toujours dans sa valise depuis son départ du Saguenay, question de sauver ses sous. Il avait réussi à s’adapter rapidement à la grande métropole et pourquoi donc pas l’Ouest canadien pour aller aider les francophones hors-Québec menacés de disparition en milieu minoritaire et plus particulièrement le personnel abattu du diffuseur public. Son arrivée à l’aéroport international de Vancouver par une journée pluvieuse, grise et complètement misérable en novembre n’allait certes pas le ralentir. Ni les trois premiers mois sans voir les montagnes ou un seul ciel bleu. Comment se plaindre après tout sans cet hiver exécrable qu’il quittait avec beaucoup de chaleur au cœur! Gérald Tremblay était sur sa lune de miel et reconnu comme l’animateur le plus pépé dans tout le hors-Québec! Les auditeurs l’excusaient bien volontiers pour son peu de connaissance du nouvel environnement, compte-tenu de l’enthousiasme démontré à la tâche.


Les premiers moments de frangouiche
Habitué à toujours vivre parmi des francophones, Gérald trouva bien difficile ne pas pouvoir aisément se mêler parmi des groupes de francophones dans son nouveau milieu pour un sport qu’il adorait jadis pratiquer durant ses temps libres: le bowling! Il était d’ailleurs un champion dans tout l’Est du Québec mais avait dû mettre de côté son hobby pour se concentrer sur le travail à son arrivée dans la nouvelle métropole. Bien que Gérald se débrouillait en anglais, il avait de la difficulté à communiquer dans son groupe de bowling. Particulièrement pour le poste de Secrétaire du BKC (Bowling Kits Club) pour lequel les membres l’avaient chaleureusement choisi et qu’il n’avait su refuser. Assister aux rencontres du Conseil était un véritable enfer puisqu’une chicane interne avait cours parmi deux groupes de gens essentiellement à la retraite et n’ayant rien de mieux à faire que de prendre le contrôle des maigres finances et s’obstiner ad nauseam sur des questions de procédures. Tout ce que Gérald voulait faire était de jouer au bowling. Sa concentration en fut affectée et le déclin se fit d’abord sentir dans son pointage de bowling.

Plusieurs aventures amoureuses avec de jolies demoiselles anglophones, asiatiques, africaines et autochtones ont toutes abouti au fiasco en raison de problèmes de “communication” de couple et en particulier sur le hobby que toutes ces partenaires trouvaient particulièrement étrange. La compagnie de ces vieux adeptes de quille les répugnaient toutes. Bien que Gérald aurait bien aimé entretenir de meilleures relations avec des Québécoises ou même des Françaises, ces dernières semblaient préférer autrement. Gérald s’était résigné à une vie de célibataire endurci interrompue occasionnellement par des aventures amoureuses au besoin. Tous ses collègues de travail étaient accouplés (sinon avec une garde d’enfant ou de conjoint/e) et Gérald se retrouvait souvent seul nostalgique du Saguenay qu’il avait quitté. Son enthousiasme au travail s’en ressentait à l’occasion et Gérald crut bon prendre des anti-antidépresseurs pour l’aider durant les moments difficiles entre novembre et février, ainsi qu’entre mars et juin. La température ne s’améliorant pas au fil des années, Gérald avait développé une vilaine accoutumance au Prozac. Son pointage au bowling s’était cependant régularisé avec le bon dosage au coût de sa quotte d’écoute.


L’élément déclencheur
Flexible comme il n’y en a pas, Gérald était assigné à toutes sortes de tâches et horaires à son travail. On lui avait demandé d’aller couvrir le colloque du Groupe de Recherche des Identités Francophones et Francophiles Oubliées en Milieu Minoritaire (GRIFFOMM) à l’Université locale pour toute la fin de semaine. Le sujet lui semblait particulièrement pénible mais Gérald ne refusait jamais rien. Il se retrouverait alors parmi d’autres francophones tous originaires de milieu majoritaire à partager le fruit de leur recherche. Il avait espoir d’y trouver finalement un bon party de francos. Un participant ne s’étant pas présenté, on demanda alors à Gérald s’il serait prêt à présenter le mémoire soumis par le rechercheur manquant. Enthousiaste comme toujours, il donna l’allocution pour réaliser que le mémoire couvrait exactement cette maladie dont il avait souffert, i.e. la frangouiche! Gérald surprenat les participants du colloque par la qualité de ses réponses. Le bouleversement résultant du colloque fut considérable et Gérald abandonna son travail à la suite d’un reportage particulièrement étrange qu'il présenta.

Grâce au travail de recherche du GRIFFOMM, Gérald X. Tremblay ne travaille plus pour le diffuseur public et est en voie de guérison de sa frangouiche. La rumeur court qu’il vit maintenant sur une petite Île des Gulf Islands bien intégré dans un environnement anglophone où il est reconnu comme le francophone le plus pépé de l’Ile. Il s’occupe de moutons et il animerait à des heures irrégulières une émission pas piquée des verts en français sur une radio pirate illégale aux yeux ou oreilles du CRTC. Il ne tient plus de feuille de route lorsqu’il est en onde et beaucoup de francos le chérissent bien ainsi dans les îles environnantes ainsi que sur le Net où on a finalement pu le brancher… Wink


(*) Le nom et l’endroit choisi est strictement fictif. Toute ressemblance à la réalité n’est que le résultat de l’imagination fertile de l’auteur de “La frangouiche de Monsieur Tremblay”
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